Du mécénat pour construire le premier centre de santé 100% consacré aux enfants maltraités
Martine Robert pour Les EchosJanuary 16, 2026
"Le projet Asterya, porté par l'association IM'PACTES, vise à créer le premier centre de santé en France pour les enfants violentés, avec un besoin de financement de 8,5 millions d'euros dont la moitié a déjà été levée auprès de mécènes.
« La réalité des 380.000 enfants, adolescents et jeunes majeurs pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance est lourde : espérance de vie réduite de vingt ans en l'absence de prise en soin précoce, séquelles somatiques, symptômes dépressifs, troubles des apprentissages, au final déscolarisation pour 70% d'entre eux. Et l'arrêt d'accompagnement à 18 ans complique sérieusement l'insertion professionnelle alors que l'effet de la maltraitance, comme Tchernobyl, ne s'arrête pas à la frontière de l'âge adulte », déplore la professeure Céline Greco, cheffe du service de médecine de la douleur et palliative à l'hôpital Necker-Enfants malades.
Victime elle-même de violences dans son enfance et adolescence - « je garde mon poids de 14 ans, j'ai les os d'une femme de 80 ans et aucune dent à moi», confie cette rescapée. C'est pour répondre à l'urgence de la situation qu'elle a créé IM'PACTES, une association qui porte, avec l'AP-HP et la Ville de Paris, le projet Asterya : le premier centre de santé en France consacré aux enfants battus. « Ce sera un lieu unique, où chacun pourra recevoir des soins médicaux et psychologiques adaptés à son traumatisme. Un centre qui leur offrira un environnement sécurisant et bienveillant, essentiel pour se reconstruire » souligne Céline Greco.
Donner un avenir à 2.000 enfants
Avec une équipe d'experts de santé, tout a été pensé pour apporter un soutien sur-mesure, tant en matière de santé que d'éducation, d'autonomie, et d'insertion professionnelle, afin de redonner un avenir aux 2.000 enfants qui seront suivis chaque année. Le centre, qui emploiera 34 équivalents temps plein (ETP) et nécessitera un budget opérationnel de 3 millions par an, formera aussi des professionnels libéraux et des travailleurs sociaux aux traumatismes complexes, et fera le lien avec l'école…
Asterya a besoin de mécénat pour assurer une partie de ces coûts de fonctionnements mais surtout pour construire son bâtiment à côté de l'hôpital Trousseau, censé ouvrir l'an prochain. « Nous avons pu récolter un peu plus de la moitié des fonds soit 4.2 millions d'euros sur les 8,5 millions dont nous avons besoin, grâce à la Kering Fundation, AXA,ACCOR , la fondation Erié, la fondation des Hôpitaux, la fondation Rothschild », précise Céline Greco. De son côté la Région Ile-de-France a apporté une subvention importante et la Ville de Paris a mis à disposition une ancienne école maternelle pour la transformer en ce premier centre. Pour l'instant, le chantier qui va s'étaler jusqu'en mars 2026, n'a pas pris de retard, car les appels de fonds se font au fur et à mesure de son avancement.
Un centre par région
Asterya sera un hôpital de jour, avec des espaces de consultations médicales et psychologiques, des salles de psychomotricité et d'art-thérapie, un verger et un potager éducatifs, des activités de plein air et de médiation animale, un café-bistrot avec terrasse, et des cuisines pédagogiques pour la formation des jeunes.
«Un groupement de coopération sanitaire avec l' AP-HP va être constitué pour assurer le fonctionnement. Du mécénat permettra les prises en charges non assurées par la sécurité sociale, telles que la médiation animale ou l'art-thérapie... », explique encore cette combattante qui, malgré ses blessures, conserve un optimisme à toute épreuve. « Je ne peux pas imaginer un seul instant que le financement ne soit pas bouclé pour une si grande cause. Donc je ne veux pas être inquiète », souligne Céline Greco. « Et l'Ile-de-France n'est qu'un début. Il faudrait un centre d'appui à l'enfance par région ainsi que dans les territoires ultramarins », affirme-t-elle.
A l'heure actuelle, moins de 30 % des enfants pris en charge en protection de l'enfance bénéficient d'un bilan de santé dès leur admission, et moins de 10 % d'un suivi adapté ensuite. Et 40 % des sans-abri de 18 à 25 ans sont issus de la protection de l'enfance. Selon Céline Greco, le coût économique de la maltraitance est estimé à 38 milliards d'euros par an pour la France."
Martine Robert